08/01/2009

UNE AMOUREUSE (acrylique 50/70 - 2009)

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UNE AMOUREUSE

Tu t’en souviens, dis, Fifille, du temps d’avant l’apocalypse, d’avant le déluge, du temps d’avant qu’on dérape sur une tache de réel, dis, tu t’en souviens du temps qu’on affichait comme des calicots les beaux masques de nos arrogances ? Dis, Fifille, tu t’en souviens, avec ton long regard de revenue du front ?

Du temps, dis, Fifille, qu’on avait de l’allure, des chiens aux trousses et des yeux de pur cristal, du temps qu’on courait vite, du temps qu’on se servait l’un à l’autre de marchepied vers les étoiles, dis, Fifille, tu t’en souviens ? Dis, tu t’en souviens, Fifille, avec ton air d’ecchymose à ciel ouvert ?

Et de la cerise au ciel, et de la guigne qu’on écrasait du talon, et des lits de paille et de trèfle où qu’on menait paître nos rhapsodies d’amour, et, dans la ville à minuit, sous la fleur déchue d’un réverbère, d’un fiévreux geste d’amour, tu t’en souviens ? Dis, Fifille, tu t’en souviens, avec ton long cou d’île menacée par les eaux ?

Tu t’en souviens, dis, Fifille, de la vache enragée et de la foi, des urticaires du dégoût, de la grande castagne des idées, des poubelles dans les vitres, de Jésus-Calumet et de ses deals prospères et des vitraux d’église qui faisaient filigrane à tes yeux ? Dis, tu t’en souviens, Fifille, avec l’or de ta flamme restée sur le qui-vive ?

Dis, Fifille, tu t’en souviens, - maintenant qu’on taille des rideaux dans l’indienne, maintenant que le sang se cherche des aspirines, maintenant qu’on a le front à la vitrine des choses, maintenant qu’on a marché dans la prudence, que ça nous colle aux semelles et que, là-bas, le scalp de l’horizon pend comme un linge -, dis, de ton flair et de tes humeurs de Squaw, et des elfes dans les peupliers, et du blues tiré et poussé sur le seuil blanc de l’aube, de la grâce toute crue, dis, Fifille, tu t’en souviens des boussoles de frissons qu’on avait pour aimants ? Dis, Fifille, tu t’en souviens, avec ton beau visage d’ange assis sur ses ailes ?

Une Amoureuse – Tableau : Sandro Baguet – Poème : Denys-Louis Colaux

08:47 Écrit par SB dans Les acryliques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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