23/08/2009

Du ciel et des roses (acrylique 20/30).

peinture 003a

Du ciel et des roses

Nous, on voit toujours danser Vénus, Bethsabée sortir du bain. Toujours on voit Léda hypnotiser son cygne. Le cygne qui passait dans les rêves de Sax. Toujours on voit, comme des springboks de bronze souple, bondir les triple sauteuses cubaines, Yargelis Savigné ou Mabel Gay. Mais elle, qu’est-ce qu’elle regarde ? Quel soleil hèle ses vitraux de chapelle ? Je me demande ce qu’éclairent ces falots de brume, ces quinquets de mer. Quelles feuilles d’azur infusent au cœur de ces saphirs ? Et pourquoi, quand tout s’étiole en gris et cendre, elle a baigné son crin dans le sang violent des roses ? 

Texte: Denys-Louis Colaux

Acrylique: Sandro Baguet

21:12 Écrit par SB dans Les acryliques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/08/2009

La chemise (collages 2009).

col3

LA CHEMISE

Il n’y a pas eu d’aube

ce matin

la chose ne s’est pas produite

Cette étrange suspension

m’ a offert l’occasion

inattendue  radicale

de me désintéresser de moi

de poser

le vieux fardeau que je suis pour moi

dans l’ornière de l’absence

 

La lumière

quand elle paraît

ne vient pas éclairer

elle vêt

Une chemise n’est pas l’homme

mais dans l’étoffe

cette chair animée

n’est qu’un contenu d’homme

 

Sans chemise

personne n’est jamais un homme

il n’y a pas d’homme

dans la nudité

qu’une chemise

n’altère ou ne désaltère pas

 

Une vie pour l’homme

eux        moi parmi eux

libéré de la coquetterie de l’identité

tient en la lente couture

toujours reprise, teinte, rapiécée,

renvoyée à la métamorphose des tissus

d’une chemise

 

A la fin d’une course

quand l’incident d’une aube suspendue

entre dans la durée définitive de l’accident

il n’y a guère

à ramasser

que le long et lent avènement d’une chemise

 

Voyez cette chemise

contemplez ses mues, ses trous, sa patine

c’est le livre presque illisible

d’une vie

c’est son livre presque lisible

 

Cet oripeau

un  temps encore sentira la vie

qui évoque la mer, la boue, le parfum, la suée

dans une suspension de lumière

un long combat, un jeu puéril

contre la nudité

qui n’est que l’origine et la fin

 

Une chemise

ne fera pourtant pas la différence

Une chemise ne survit pas longtemps

à son occupant

Il n’y aura de durable

à propos de cette chemise passagère

que le poème ému

qu’elle inspire

 

Ce poème de la chemise

reprend

au mépris de la pudeur ou de l’exhibition

l’attrapade essentielle

de l’homme avec la nudité

 

Chemise

chambre de repos de l’homme

masque de ses agitations

pauvre et formidable voile

capable de tous les soulèvements

 

Poème de la chemise

seul peut-être

à  héberger un homme

seul à sentir peser sur lui

la risible menace de la disparition

Denys-Louis Colaux

collage

 

19:02 Écrit par SB dans Collages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/08/2009

Dans la démesure de tes yeux (acrylique 50/70 - 2009)

peinture 001a

Je l’avais plutôt mauvaise. Saignante. J’allais sous de médiocres étoiles. Clous rouillés par-dessus les toits et les arbres.  Petite quincaillerie du clodo. Le désir m’abandonnait de lever les yeux, comme un oiseau flingué, il cassait ses ailes.  Dans la gamelle de mon âme, je palpais la lie. J’errais, pauvre chien d’aoûtien jeté à bas du convoi, dans des nuits très longues, saoulées d’odeurs inconnues. Dans mon falzar élimé jusqu’à l’amble, j’entendais tinter des rebuts de thunes. A peine assez d’oseille pour quelques jours d’autonomie sous conditions d’ascèse. Picrate et clopes exclus. L’apocalypse en perspective. Le goût d’écrire, ma fortune, fondait à la cire de mes doigts. Je n’existais que dans la démesure de tes yeux.

Texte: Denys-Louis Colaux

Acrylique: Sandro Baguet

14:59 Écrit par SB dans Les acryliques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |