03/02/2009

La Tête à Lulu (acrylique 50/70 - 2009)

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Ce Con de Lulu

Examine ces yeux,

Deux diamants nerveux !

Lulu dit : « C’est certain,

C’est des fameux raisins ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Vois ces lèvres, ce nez

Ce sourire mouillé !

« Sacré nom » dit Lulu

« C’est joliment foutu ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Contemple ce cou blanc,

Ce bel élancement !

Lulu dit : « C’est tentant

J’y mettrais bien les dents ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Observe un peu ces reins,

Le fuseau du bassin.

« Ça c’est sûr » dit Lulu

« Elle a un joli cul ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Admire cette gorge,

Ces seins en sucre d’orge !

Lulu dit : « Ah ! Pardon

Elle a de beaux nichons ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Mate-moi ce maintien,

Cette peau de satin !

« Nom de Dieu » dit Lulu

« On grimperait dessus ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Regarde, elle s’en va

Sa valise à son bras.

Alors, Lulu, tout blême

Dit : « Je crois que l’aime »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Tableau : La Tête à Lulu , Sandro Baguet – Chanson : Ce Con de Lulu, Denys-Louis Colaux.

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Le Cow-boy des abîmes (acrylique 30/40 - 2008)

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Le Cow-boy des abîmes

C’est le Cow-boy des abîmes, ton frère, ton semblable, l’adjudant Terreur, Monsieur Satan, le Magistrat du Monte-en-l’air, il revient toujours, inlassable, enthousiaste, faire son puant turbin, sa popote de mort, sa besogne de haine, son gibet à l’épaule, sa potence et sa hache, ses lames de guillotine, dans des fioles ses venins, ses poisons, c’est Monsieur La-Lie-D’Homme, le Grand Pourri, machette en poche, flingue à la hanche, baron de la Camarde, là où il y a de l’homme il a ses aises, il rapplique faire son beurre, ses bonnes affures, ses grands deals, il trimballe avec lui ses charrois de crématoires, tirant comme des péniches ses longs ciels empoussiérés, ses bouquets d’atomes en feu, ses pissées de napalm. Comme tout le monde, frangin, un jour, tu lui as fait l’aumône. Tu ne lui cracherais pas au visage sans sentir, sur ta joue, ruisseler quelque chose de bien dégueulasse.

Le Cow-boy des abîmes

 Légende : Denys-louis Colaux

Tableau : Sandro Baguet

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08/01/2009

UNE AMOUREUSE (acrylique 50/70 - 2009)

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UNE AMOUREUSE

Tu t’en souviens, dis, Fifille, du temps d’avant l’apocalypse, d’avant le déluge, du temps d’avant qu’on dérape sur une tache de réel, dis, tu t’en souviens du temps qu’on affichait comme des calicots les beaux masques de nos arrogances ? Dis, Fifille, tu t’en souviens, avec ton long regard de revenue du front ?

Du temps, dis, Fifille, qu’on avait de l’allure, des chiens aux trousses et des yeux de pur cristal, du temps qu’on courait vite, du temps qu’on se servait l’un à l’autre de marchepied vers les étoiles, dis, Fifille, tu t’en souviens ? Dis, tu t’en souviens, Fifille, avec ton air d’ecchymose à ciel ouvert ?

Et de la cerise au ciel, et de la guigne qu’on écrasait du talon, et des lits de paille et de trèfle où qu’on menait paître nos rhapsodies d’amour, et, dans la ville à minuit, sous la fleur déchue d’un réverbère, d’un fiévreux geste d’amour, tu t’en souviens ? Dis, Fifille, tu t’en souviens, avec ton long cou d’île menacée par les eaux ?

Tu t’en souviens, dis, Fifille, de la vache enragée et de la foi, des urticaires du dégoût, de la grande castagne des idées, des poubelles dans les vitres, de Jésus-Calumet et de ses deals prospères et des vitraux d’église qui faisaient filigrane à tes yeux ? Dis, tu t’en souviens, Fifille, avec l’or de ta flamme restée sur le qui-vive ?

Dis, Fifille, tu t’en souviens, - maintenant qu’on taille des rideaux dans l’indienne, maintenant que le sang se cherche des aspirines, maintenant qu’on a le front à la vitrine des choses, maintenant qu’on a marché dans la prudence, que ça nous colle aux semelles et que, là-bas, le scalp de l’horizon pend comme un linge -, dis, de ton flair et de tes humeurs de Squaw, et des elfes dans les peupliers, et du blues tiré et poussé sur le seuil blanc de l’aube, de la grâce toute crue, dis, Fifille, tu t’en souviens des boussoles de frissons qu’on avait pour aimants ? Dis, Fifille, tu t’en souviens, avec ton beau visage d’ange assis sur ses ailes ?

Une Amoureuse – Tableau : Sandro Baguet – Poème : Denys-Louis Colaux

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06/01/2009

Le Maure absent (acrylique 2008).


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Le Maure absent

Comme il était né sans paupières,

sur scène, chaque soir,

il donnait à voir ses yeux

de doux fauve

désintéressé par l’appétit.

Il prenait place devant le rideau

et tournait vers l’assemblée

ce mélancolique visage de Maure

où deux réverbères intimes

infusaient lentement dans l’ombre.

Les mots peut-être

lui semblaient superflus.

Et pas un jamais

ne franchissait

les ourlets rouges de sa bouche.

Sans ces braises ardentes,

sans le carmin mouillé

de ces lèvres presque féminines,

on eût presque ignoré

qu’un homme faisait face.

Silencieux, immobile

vêtu d’étoffes mimétiques,

il levait un regard

qui ne se posait pas

mais dessinait en luisant

les bords incertains de l’absence.

Sur scène, chaque soir,

il réussissait sans effort,

deux heures durant,

devant un public recueilli

de buveurs de thé blanc,

le prodige d’être presque là.

Sandro Baguet : tableau « Le Maure absent »

Denys-Louis Colaux : poème « Le Maure absent »

 

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02/03/2008

Acryliques. Colaux à propos de Baguet...

ethopTexte de l'écrivain et poète Denys-Louis Colaux tiré de l'évènement Les Vases Communicants (photo). Texte: Denys-Louis Colaux, lectures (Anne Devleeschouwer et Jean Leroy) et oeuvres (Mario Merella, Armand Poubaix et Sandro Baguet). Juin 2006 au Club Achille Chavée (La Louvière).

Sandro Baguet

Il y a plus de vingt ans que lui et moi, on se connaît et ça fonde une sorte de fraternité dont nous sommes les auteurs. Entre nous, comme dans un jeu de rotation, on s'amuse à s'échanger les rôles de Don Quichotte et de Sancho. On a pris du poids ensemble, nous nous sommes enveloppés de concert.

Baguet a une conscience, il en use, il y puise une sorte d'argile dans laquelle il façonne des actions. Bien que profondément artiste, il ne se laisse jamais enfermer dans l'isolement. Il se sépare de la désespérance par un irrépressible désir d'agir. Il suscite des événements et des choses. Il a le goût du rire, de l'entraide, un certain sens de la dialectique, une conduite de la pensée dans laquelle l'inséparabilité des contraires produit une synthèse nourricière comme si la rencontre de la soif et du lait accouchait d'un fromage comestible. Il a le goût de l'utopie fromagère. Des gaietés italiennes lui font escorte. Beaucoup de choses l'effarent et le sidèrent.

Je l'appelle Baguet, pour faire littéraire, dans le fond, il est mon Sandrino, un homme profondément tendre.

Sandro est un autodidacte mais il a, dès le début, le coup de crayon et le désir salutaire d'être davantage qu'un spectateur. Il en a produit, infatigablement, des revues misérables, des fanzines protestataires dont la plus belle ambition a toujours été de se tenir à l'écoute de toutes les manières de dire non.

Parfois, il ouvre la fenêtre à son idéalisme, pour prendre l'air, pour souffler un peu. Mais son idéalisme le reprend comme une infection chronique. C'est un idéaliste d'un genre supérieur qui sait, sans que cela ne le paralyse, que l'idéalisme ne franchit jamais indemne la clôture. Sa déception, c'est toujours la première chose qu'il consent à mettre entre parenthèses. Il n'empêche, cette opération parfois exige de lui de surprenantes qualités athlétiques.

Il a une apparence bien paisible. Et paisible, ma foi, il l'est plutôt. Le geste de se prendre placidement le menton dans la paume lui va comme un gant. Même s'il n'en administre que très rarement la preuve, je devine que des orages grondent dans sa vaste carcasse. Souvent, il comprend l'être, peut admettre sa faiblesse, il le regarde avec mansuétude mais parfois une envie furieuse le prend de secouer le perchoir d'où ce perdreau stérile pond ses omelettes. Il se récupère assez vite. Il délaie à nouveau son frémissement dans ce lait de la tendresse humaine dont parle Shakespeare.

Il lance un nouveau projet.

Aujourd'hui qu'enfin il offre à sa création un espace plus large, il soumet à notre attention des icônes d'une remarquable puissance expressive. Dans cette nouvelle geste, le caricaturiste qu'il a été réussit la jonction avec le peintre qu'il devient. Cette rencontre est l'occasion de compositions saisissantes, hurlantes, grimaçantes. Un trait puissant, massif, nerveux, empâté dans un rouge et un noir féroces sur quoi tranche le calcaire de l'os, impose une densité et un équilibre époustouflants. L'..uvre vous saute aux yeux sans qu'on ait le temps de savoir si la chose est drôle, si elle est issue de la galerie des horreurs ou d'une nuit d'halloween, si elle démasque la grimace humaine ou nous révèle que la grimace humaine est définitivement gigogne. Ces portraits de squelettes désarçonnent comme des jaillissements inattendus, comme la laideur en personne désireuse d'être contemplée.

On dirait que le Père Ubu s'est approché des poèmes macabres de Baudelaire.


Squelette seul et souriant


tetedemortDeux hommes, dans mon rêve fondé sur un anachronisme, regardent le tableau de Sandro. L'un, c'est Charles Baudelaire, on le reconnaît à ses cheveux bleus, l'autre, plus petit, accoudé à sa bicyclette, c'est Alfred Jarry.



Baudelaire, par l'intermédiaire du poème intitulé Le Rêve d'un curieux, avance trois vers :



J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore

M'enveloppait. – Eh quoi ! n'est-ce donc que cela !

La toile était levée et j'attendais encore.



Jarry sort un pantin de son canotier. C'est Ubu roi et il s'adresse à son épouse :



Mère Ubu, tu es bien laide aujourd'hui. Est-ce parce que nous avons du monde ?



Baudelaire laisse échapper un sourire et récite un distique qu'il a nommé Epitaphe de Baudelaire par lui-même :



Ci-gît qui, pour avoir trop aimé les gaupes,

Descendit jeune encore au royaume des taupes.



Jarry salue, passe au Docteur Faustrol, qui se dissimulait dans son ombre, son entonnoir de pataphysicien et lui fait affirmer :



La mort n'est que pour les médiocres.



Le rêve s'achève ainsi. Et ce crâne hilare continue à m'observer comme si j'étais un risible Hamlet tombé dans un trou de mémoire.



Un Cri


hop2Premier mouvement

Quand le type fut aphone

Son cri

Perché sur sa tête

Hurlait encore

Comme ces têtes de guillotinés

Qui, alors qu'elles sont séparées de leur cou,

Alors même qu'elles roulent rouges au fond du panier,

Disent : « Merde » une dernière fois.


Deuxième mouvement


Son cri

S'étant réfugié sur sa tête

Il en avait fixé

La dimension d'effroi

Dans l'orbite électrique

De son ..il

Troisième mouvement


Une bouche vociférante

Tenait lieu

De sommet à son crâne

Depuis qu'il avait acquis la conviction

Que penser

Équivaut à hurler


Quatrième mouvement

Comme je terminais

Assourdi

Un monologue avec le tableau de Sandro

Je n'entendis pas

Ce petit bruit de bière décapsulée

Que produit toujours

La voix d'un ange

Qui vous appelle



Dernier mouvement

Tiens, pensais-je à voix basse

Et si c'était mon point vulnérable

Mon talon d'Achille

La tache de rouille dans mon armure

Cette impossibilité à crier

À appeler

À sortir de la forêt du livre

Pour entrer dans la sauvagerie de la vie



Couple de squelettes


hopL'amour

C'est évident

Est plus fort que la mort

Mais je pensais que l'éternité

Au bout d'un certain temps

Rencontre le frein de la durée

Et l'obstacle incontournable

De l'ennui



L'ennui

À quoi l'on résiste

Par la mise en abîme

De l'étreinte



Femme nue


hop 3Je demeurai longuement en arrêt

Devant le tableau

Devant le vertige de la femme nue



Indécis comme un alcoolique

Devant un seau d'eau bénite

Ou la corde d'un puits



Indécis comme un esthète

Sur le seuil désaffecté d'un bouge

Ou le parvis d'une église



Indécis comme un amant

Au chevet de l'alcôve

Ou de la table de dissection



Indécis comme un homme

Face à son image dans le miroir

Ou dans l'eau de son naufrage

 

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