24/01/2010

Villégiature - Collage 2010.

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Villégiature

 

Archer dans la nuit

Souffleur de vers libres

 

Aller, dur métier

À la cafétéria, ambroisie :

Sandwich au jambon

Un œuf dur

Une salade vinaigrette

 

La serveuse a mal dormi

Ses yeux clignent au ralenti

 

Aller, cœur à l’ouvrage

Au Café du commerce, nectar :

Un vin chaud

Cannelle clous de girofle

Sucre et miel

 

Le patron passe un torchon rouge

Sur le formica du comptoir

 

Sur les docks

Tout à l’heure on faisait descendre des navires

Du café des fruits exotiques

De la limaille d’azur

Des gestes d’adieu empaillés

 

Quelque part

Les relents de friture au fond de la ruelle

Le bruit des trains qui ronchonnent

Une odeur de lune qui fond

Derrière les derniers arbres

 

Aller, dalle après dalle

Macérer dans la pluie

Au fond de la poche trouée

Du destin

 

Le goût des choses

Et celui de la bière

Se confondent

 

Des moustiques en fête

Dans le bleu de l’enseigne

Un café bien chaud

Pour tout brûler

L’instant avec la vie

Denys-Louis Colaux sur un collage de Sandro Baguet

 

11:40 Écrit par SB dans Collages | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/09/2009

Blues du rendez-vous - Collage 2009.

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Blues du rendez-vous

Fume ton dernier clope pépère

Sur le seuil le bord du gouffre

Dans cette moitié de nuit

Que tu regardes comme un diagnostic.

Tes pieds ton désir d’avancer

Ont cessé de t’apparaître. 

Mêle à la grisaille du monde

Les brouillards de tes expirations.

Montre ta meilleure gueule d’enterrement

Tes bras ballants ta chemise terne.

Assiste à la fonte de ton iceberg

Replie ses lueurs ses angles ses secrets.

Touille un peu dans le pot de ta déconfiture.

Mets sous la lame

Le cou d’une ultime désillusion.

Mets sous la lime

Les mains de ta dernière guitare.

Lâche tout  la proie l’ombre la palombe.

Tire le rideau.

Écoute grésiller ton mégot

Au rythme des derniers graillonnements

De ton électroencéphalogramme.

Laisse à la suée de ton front

Se dissoudre le sel de ton auréole.

Toussote un coup par goût de la musique

Et pour tenir encore

Quelques secondes

Le silence en respect .

Dessale naufrage pépère

Dans les remous de l’aube incertaine.

Descends au fond

Sous l’escorte funèbre

De ton âme insubmersible

Qui a déjà fermé les bras.

Noue au bout de ton doigt d’honneur

Le mouchoir blanc de la faillite.

Laisse tout se perdre.

Renonce à tes chéries.

Fous leurs huit jours à tes Indiens.

Repousse du pied tes livres.

Taille la gorge à tes plumes.

Tourne la page.

Lave l’ardoise de tes tableaux.

Donne son préavis à ton horloge.

Pousse dans le cul du diable le suppositoire de ta honte.

Envoie tout dinguer valser se fendre.

Descends enlise-toi tout à fait.

Songe au repos

D’être un caillou

Un objet sans destin

Un pétale d’apostrophe

Dans les versets du vide.

Ou ferraille, crapule !

Denys-Louis Colaux sur un collage de Sandro Baguet

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17/08/2009

La chemise (collages 2009).

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LA CHEMISE

Il n’y a pas eu d’aube

ce matin

la chose ne s’est pas produite

Cette étrange suspension

m’ a offert l’occasion

inattendue  radicale

de me désintéresser de moi

de poser

le vieux fardeau que je suis pour moi

dans l’ornière de l’absence

 

La lumière

quand elle paraît

ne vient pas éclairer

elle vêt

Une chemise n’est pas l’homme

mais dans l’étoffe

cette chair animée

n’est qu’un contenu d’homme

 

Sans chemise

personne n’est jamais un homme

il n’y a pas d’homme

dans la nudité

qu’une chemise

n’altère ou ne désaltère pas

 

Une vie pour l’homme

eux        moi parmi eux

libéré de la coquetterie de l’identité

tient en la lente couture

toujours reprise, teinte, rapiécée,

renvoyée à la métamorphose des tissus

d’une chemise

 

A la fin d’une course

quand l’incident d’une aube suspendue

entre dans la durée définitive de l’accident

il n’y a guère

à ramasser

que le long et lent avènement d’une chemise

 

Voyez cette chemise

contemplez ses mues, ses trous, sa patine

c’est le livre presque illisible

d’une vie

c’est son livre presque lisible

 

Cet oripeau

un  temps encore sentira la vie

qui évoque la mer, la boue, le parfum, la suée

dans une suspension de lumière

un long combat, un jeu puéril

contre la nudité

qui n’est que l’origine et la fin

 

Une chemise

ne fera pourtant pas la différence

Une chemise ne survit pas longtemps

à son occupant

Il n’y aura de durable

à propos de cette chemise passagère

que le poème ému

qu’elle inspire

 

Ce poème de la chemise

reprend

au mépris de la pudeur ou de l’exhibition

l’attrapade essentielle

de l’homme avec la nudité

 

Chemise

chambre de repos de l’homme

masque de ses agitations

pauvre et formidable voile

capable de tous les soulèvements

 

Poème de la chemise

seul peut-être

à  héberger un homme

seul à sentir peser sur lui

la risible menace de la disparition

Denys-Louis Colaux

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22/12/2008

Collage.

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12:22 Écrit par SB dans Collages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les Têtes à claques du Front (Collage sur texte).

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Je relis les déclarations du consternant Patrick Cocriamont. Les chambres à gaz dans les camps de concentration n'ont pas existé (...) Tu vas partout à Anderlecht, dans tous les nouveaux buildings, tu vois que ça ! Tu vois des noms qui sont juifs. Et tu vas me dire qu'on en a exterminé 6 millions ? On n'aurait pas su. Je ne vais pas tenter une étude sémantique de ces propos qui, notons-le pourtant, redoublent de puanteur quand on veut les disséquer. Mais je n’ai pas le goût de la trituration des étrons. Voilà sans doute les propos d’une effarante ordure, d’une exorbitante ordure qui, pour faire d’une pierre deux coups, a aussi choisi de rallier le camp des cons hors catégorie. C’est donc à Anderlecht que Cocriamont a trouvé l’irréfutable preuve de la fable des chambres à gaz. Le pauvre type, sa boussole est en panne ou il aime à s’égarer. Quand on cherche des preuves relatives aux chambres à gaz ou aux camps de concentration, ce n’est pas dans la périphérie bruxelloise qu’il faut mener enquête. Il faut aller voir à Auschwitz, Auschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen, Treblinka, Chelmno, Sobibor, Majdanek, Dachau, Buchenwald, Mathausen, Ravensbrück, Sobibor ou Sachenhausen, notamment. En fait, je crois qu’il est là, le problème du primate frontiste, il ne cherche pas à la bonne place. Il est distrait, je ne sais pas, il éprouve du mal à s’orienter, il s’égare dès qu’il se met en route, il ne se documente pas. C’est ça, trop envoûté par les remugles de cette merde noire qui lui sert de feuillée idéologique, il ne cherche jamais la source. Ce serait, ce clampin désorienté, un vilain potache, un ignare, un collectionneur de zéros, une buse, un cancre impérial, une cervelle d’étourneau si, bien entendu, ce n’était d’abord, foncièrement, une insupportable crapule. Dites un peu, de pareilles infections humaines mettent mon humanisme à mal. Car quoi, ces négations absurdes et épouvantables n’ont somme toute qu’un seul but, exonérer, aseptiser une monstrueuse époque de l’histoire pour préparer et favoriser son resurgissement ! Les époques de marasme sont des terreaux toujours favorables aux semis des solutions radicales, fussent-elles odieuses. Pourtant, je ne puis me défaire de cette idée que ces infréquentables caves sont faits pour la pensée comme une moule pour la production de la perle, comme un maquereau pour la leçon de morale.

Et ce Delacroix, ce folâtre Michel Delacroix, qui vient, sur l’air de l’Eau Vive de Béart, nous entonner, face caméra, son dégueulasse couplet antisémite. Ah, les jolis souvenirs de vacances, les bien farces exploits de terrasse, le fameux karaoké de crevure ! Mais sont-ils espiègles, ces fumiers ! Sont-ils joueurs ! On fait des concours de salopards au Front, on a le fascisme parodique et jovial ! Statuette du plus haineux, award du plus malfaisant. Il faut voir ces faramineux tarés piétiner des calvaires et chanter au balcon des horreurs du siècle ! Il faut voir ces infects termites s’avancer sur la table des matières des livres de la mémoire. On ne fera pas, nous autres, du révisionnisme à rebours, on ne fera pas semblant qu’ils n’existent pas. Ils sont, comme la peste. Ils sont. Mais nous disposons des moyens (légaux) de les faire taire. Je ne distingue pas, dans ce qui les constitue, de quoi éveiller la clémence. Et c’est en moi, très profond, avec une épuisante obstination, que je cherche l’énergie d’une colère et d’une protestation épargnées par la volonté de destruction. On ne fera pas débat avec eux. Ce sont des médiocres sans questionnement, des tueurs de la pensée, des idéologues du degré zéro, des inconditionnels de la haine. Ça ne les rend vraiment pas respectables. On ne leur apprendra rien. L’irrationnel a depuis longtemps pris chez eux le pas sur la connaissance, l’examen, la réflexion, la recherche, l’étude. On les amuserait en faisant vainement appel à leur humanité. On ne leur apprendra à peu près rien. Ceci seulement. Si l’on faisait nôtres, un instant, leurs convictions et leurs procédés, ces négationnistes seraient en grand danger. Parce que leurs déclarations finissent par fonder une sorte de casus belli. Je veux dire en cela qu’il faut faire la guerre à ces affirmations qui sont comme des mines antipersonnel embusquées sous les trottoirs de la pensée. Déminer le pavé ne suffit plus. Quand la bête est dangereuse à ce point, il faut recourir à la muselière. Aucune forme d’humanisme ne nous autorise à confondre un jet de bile, une giclée de bave ou une morsure avec une parole.

D-L C

09:09 Écrit par SB dans Collages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |