17/08/2009

La chemise (collages 2009).

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LA CHEMISE

Il n’y a pas eu d’aube

ce matin

la chose ne s’est pas produite

Cette étrange suspension

m’ a offert l’occasion

inattendue  radicale

de me désintéresser de moi

de poser

le vieux fardeau que je suis pour moi

dans l’ornière de l’absence

 

La lumière

quand elle paraît

ne vient pas éclairer

elle vêt

Une chemise n’est pas l’homme

mais dans l’étoffe

cette chair animée

n’est qu’un contenu d’homme

 

Sans chemise

personne n’est jamais un homme

il n’y a pas d’homme

dans la nudité

qu’une chemise

n’altère ou ne désaltère pas

 

Une vie pour l’homme

eux        moi parmi eux

libéré de la coquetterie de l’identité

tient en la lente couture

toujours reprise, teinte, rapiécée,

renvoyée à la métamorphose des tissus

d’une chemise

 

A la fin d’une course

quand l’incident d’une aube suspendue

entre dans la durée définitive de l’accident

il n’y a guère

à ramasser

que le long et lent avènement d’une chemise

 

Voyez cette chemise

contemplez ses mues, ses trous, sa patine

c’est le livre presque illisible

d’une vie

c’est son livre presque lisible

 

Cet oripeau

un  temps encore sentira la vie

qui évoque la mer, la boue, le parfum, la suée

dans une suspension de lumière

un long combat, un jeu puéril

contre la nudité

qui n’est que l’origine et la fin

 

Une chemise

ne fera pourtant pas la différence

Une chemise ne survit pas longtemps

à son occupant

Il n’y aura de durable

à propos de cette chemise passagère

que le poème ému

qu’elle inspire

 

Ce poème de la chemise

reprend

au mépris de la pudeur ou de l’exhibition

l’attrapade essentielle

de l’homme avec la nudité

 

Chemise

chambre de repos de l’homme

masque de ses agitations

pauvre et formidable voile

capable de tous les soulèvements

 

Poème de la chemise

seul peut-être

à  héberger un homme

seul à sentir peser sur lui

la risible menace de la disparition

Denys-Louis Colaux

collage

 

19:02 Écrit par SB dans Collages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/08/2009

Dans la démesure de tes yeux (acrylique 50/70 - 2009)

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Je l’avais plutôt mauvaise. Saignante. J’allais sous de médiocres étoiles. Clous rouillés par-dessus les toits et les arbres.  Petite quincaillerie du clodo. Le désir m’abandonnait de lever les yeux, comme un oiseau flingué, il cassait ses ailes.  Dans la gamelle de mon âme, je palpais la lie. J’errais, pauvre chien d’aoûtien jeté à bas du convoi, dans des nuits très longues, saoulées d’odeurs inconnues. Dans mon falzar élimé jusqu’à l’amble, j’entendais tinter des rebuts de thunes. A peine assez d’oseille pour quelques jours d’autonomie sous conditions d’ascèse. Picrate et clopes exclus. L’apocalypse en perspective. Le goût d’écrire, ma fortune, fondait à la cire de mes doigts. Je n’existais que dans la démesure de tes yeux.

Texte: Denys-Louis Colaux

Acrylique: Sandro Baguet

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20/02/2009

LA MADONE DES REVERBERES (acrylique 50/70 - 2009)

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LA MADONE DES REVERBERES

 

                                En puisant à ses grands yeux d’amoureuse,

                                On aurait abreuvé le désert

 

Voile et ouvre, masque et laisse danser

Tes yeux de rhapsode mangé par ses propres violons,

Tes yeux de mâcheuse de bétel frais, de dévoreuse de lotus.

Attise et souffle, couvre et laisse luire

Tes vitraux d’ensorceleuse de fakirs,

Tes vitraux de souffleuse de spectres, de tailleuse d’étincelles.

 

Belle comme le regret mis à tremper dans son vase,

Comme la vapeur bleue d’avant les consumations,

Comme le temps d’avant les cercueils et les banquets de défaite, belle

Comme un avion de liberté atterri sur le chemin de l’usine.

 

Couvre et délace, atténue et vernis

Tes quinquets de marcheuse sur l’eau,

Tes quinquets de porteuse d’aube, de cracheuse de braises.

Retiens et affiche, éteins et laisse étinceler

Tes perles d’huîtres de nuit, d’océans en vendange

Tes perles de Paris braqué, de Cartier dévalisé.

 

Belle comme l’art de la fugue à seize ans,  au printemps et Bach en grâce,

Comme les guitares dans la nuit, le feu de plage, le vin, le pauvre poème en joie,

Ses marges chauffées de cannabis rouge, lavées au lait des belles vaches de l’utopie,

Belle comme les harpes encore accordées de la conquête,

Belle comme le désir de faire rouler la lumière par lampées.

 

Tes yeux, ma jolie cerise, comme, après le rêve de la forêt,

Deux définitives taches de ciel parmi les copeaux, la sciure et la cendre.

 

La Madone des Réverbères, tableau : Sandro Baguet – poème : Denys-Louis Colaux  http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/

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07/02/2009

4 jours (acrylique 50/70 - 2009)

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4 jours

Voilà quatre jours
Que je n'ai pas dormi
Voilà quatre jours
Que tu es partie
Depuis qu't'es plus là
J'fais que des conn'ries
Je plonge dans les bras
De n'importe qui
Je me couche seul
Dans mon lit désert
J'pense à ta p'tit' gueule
Et à tes yeux verts

Mille fois je vais jurer
Que cette fois c'est fini
Mille fois je vais rejoindre
Les ombres de la nuit
Et cracher à la gueule
Des souvenirs amers
Que c'est bon de dormir
En étoile de mer

Et mes vieux démons
Qui réapparaissent
M'entraînent vers le fond
Me tenant en laisse
Les jours manqu'nt de sens
Et les nuits aussi
Des idées sales dansent
Tristes sous la pluie
Je me couche seul
Dans des lits provisoires
J'pense à ta p'tit' gueule
Et à tes yeux noirs

Mille fois je vais jurer
Que cette fois c'est fini
Mille fois je vais rejoindre
Les ombres de la nuit
Et cracher à la gueule
Des souvenirs amers
Que c'est bon de dormir
En étoile de mer

C'est calme dans ma vie
Plus rien ne se passe
Sur ce trottoir-ci
Ou celui d'en face
Là-haut dans le ciel
Je vois ton visage
Que des anges modèlent
Avec les nuages
Je me couche seul
Dans mon lit, au milieu
J'pense à ta p'tit' gueule
Et à tes yeux bleus

Mille fois je vais jurer
Que cette fois c'est fini
Mille fois je vais rejoindre
Les ombres de la nuit
Et cracher à la gueule
Des souvenirs amers
Que c'est bon de dormir
En étoile de mer

 

Paroles: fred Alpi - Web: http://www.fredalpi.com/
Acrylique: Sandro Baguet

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Le vent glacé (acrylique 2008 - 40/50)

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Le vent glacé

Je sens le vent glacé
De la mort
Qui me souffle dans le dos
Qui me glace les os
Et pétrifie mon sang
Il aura suffit
De quelques cellules
De trop
Pour réduire en poussière
Ce corps
Qui n’était pas encore
Vieux
Cette vie qui était si jeune
Et qui ne pouvait pas
Comprendre
Qui ne voulait pas
Attendre

Le souffle
Aurait encore dû
Vagabonder longtemps
J’étais à peine
Sorti de la caverne
Pour découvrir
Ce qu’est le monde
Et pour faire croître celui
Qui habite
A l’intérieur de moi

Le sable chute
Eternellement
Le goulot du sablier
s'élargit
A chaque instant
Le temps coule
De plus en plus
Rapidement
Est-ce qu'avant de mourir
Je pourrai connaître
La sagesse
La force
Et la beauté ?

Le vide et le plein
Se succèdent
Encore quelques instants
Je suis encore debout
Entre le ciel
Et la terre
Je ne sais pas
Si je retourne
Aux origines
Et je m'en fous

Je le saurai bien assez tôt
J'aurai
L'éternité
Pour comprendre
Pour apprendre
pour attendre

Paroles : Fred Alpi. Web: http://www.fredalpi.com/
Acrylique: Sandro Baguet

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03/02/2009

La Tête à Lulu (acrylique 50/70 - 2009)

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Ce Con de Lulu

Examine ces yeux,

Deux diamants nerveux !

Lulu dit : « C’est certain,

C’est des fameux raisins ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Vois ces lèvres, ce nez

Ce sourire mouillé !

« Sacré nom » dit Lulu

« C’est joliment foutu ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Contemple ce cou blanc,

Ce bel élancement !

Lulu dit : « C’est tentant

J’y mettrais bien les dents ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Observe un peu ces reins,

Le fuseau du bassin.

« Ça c’est sûr » dit Lulu

« Elle a un joli cul ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Admire cette gorge,

Ces seins en sucre d’orge !

Lulu dit : « Ah ! Pardon

Elle a de beaux nichons ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Mate-moi ce maintien,

Cette peau de satin !

« Nom de Dieu » dit Lulu

« On grimperait dessus ! »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Regarde, elle s’en va

Sa valise à son bras.

Alors, Lulu, tout blême

Dit : « Je crois que l’aime »

Ah ce con de Lulu,

C’est bon, n’en parlons plus !

Tableau : La Tête à Lulu , Sandro Baguet – Chanson : Ce Con de Lulu, Denys-Louis Colaux.

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Le Cow-boy des abîmes (acrylique 30/40 - 2008)

cowboy


 

Le Cow-boy des abîmes

C’est le Cow-boy des abîmes, ton frère, ton semblable, l’adjudant Terreur, Monsieur Satan, le Magistrat du Monte-en-l’air, il revient toujours, inlassable, enthousiaste, faire son puant turbin, sa popote de mort, sa besogne de haine, son gibet à l’épaule, sa potence et sa hache, ses lames de guillotine, dans des fioles ses venins, ses poisons, c’est Monsieur La-Lie-D’Homme, le Grand Pourri, machette en poche, flingue à la hanche, baron de la Camarde, là où il y a de l’homme il a ses aises, il rapplique faire son beurre, ses bonnes affures, ses grands deals, il trimballe avec lui ses charrois de crématoires, tirant comme des péniches ses longs ciels empoussiérés, ses bouquets d’atomes en feu, ses pissées de napalm. Comme tout le monde, frangin, un jour, tu lui as fait l’aumône. Tu ne lui cracherais pas au visage sans sentir, sur ta joue, ruisseler quelque chose de bien dégueulasse.

Le Cow-boy des abîmes

 Légende : Denys-louis Colaux

Tableau : Sandro Baguet

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